Gras

Nettoyage de printemps

J’arrive au café, mon pote et sa nana sont là, je le salue, je la salue vite fait, je m’assois, je commande une pinte de Lancelot pour y aller mollo. Elle m’énerve : quand on parle de quelque chose, faut toujours qu’elle rapporte ça à elle, surtout si ça n’a rien à voir avec la choucroute. Ils se font des papouilles, et merde, voilà que je tiens la chandelle. Et lui, de quoi il va me parler ? Du cours de la bourse du Bitcoin ? De ce qu’il a mangé au restau ce midi, parce qu’il peut manger au restau midi et soir ? De l’avenir qui est sombre, que ça serait bien d’investir dans la pierre ou le lingot d’or ? Je n’ai même pas de travail en ce moment, je vis de mes économies et touche une pension de mon père, qui, comme mon pote, a parfaitement accepté sa condition d’esclave privilégié de la société moderne. Pire : ils en tirent de l’orgueil. Et moi, je m’enorgueillis d’avoir un joker en étant héritier, mais je n’en suis pas moins un dégénéré, concrètement. Cependant, si on ne choisit pas sa situation, on a le choix de la direction vers laquelle regarder. Sérieusement, j’en ai marre de rester là à regarder les gens se tirer la nouille. Je me lève, paye ma note et les salue. Voilà, je n’ai plus d’amis. Et maintenant quoi ?